AIN-TEMOUCHENT
Anomalies d’une commune coloniale
 

Par : KARIM  OULDENNEBIA.

             oustadkarim@yahoo.fr

            Doctorant, Institut d’histoire

             Université Djillali Liabes.

               SIDI-BEL-ABBES

                     ALGERIE

                                                                            
Article Parut
                         In revue El-Hiwar El-Fikrie, publication du laboratoire des études
                            Historiques et philosophiques, Constantine, n°07/avril 2005, pp.25-32.
Tous les droits réservés à l’auteur
 
 

Il est difficile de rappeler sommairement l’évolution communale de l’Algérie dans la période coloniale sans commettre d’erreurs tant l’action de la France y est apparue longue et hésitante et «parfois contradictoire[1]».Après l’inévitable confusion des années de  conquête, on se préoccupa d’organiser l’administration, par une ordonnance du 15 avril 1845, l’Algérie fut divisée en trois zones : civile, militaire et mixte. Les territoires civils, sur lesquels existait une population européenne relativement nombreuse,furent vite assimilés au régime juridique de la France .Et la tendance à l’assimilation s’accentua en 1848, la zone civile fut divisée en trois départements (Alger, Oran et Constantine) subdivisés sur le modèle français, en arrondissements et communes.

L’organisation communale française fut transposée pour la première fois, dans la zone civile, par l’ordonnance du 28 septembre 1847. Mais, à la différence de ce qui se passait en France, les maires, les conseillers municipaux étaient nommés et non élus.

Depuis le début, donc, les communes en Algérie, restèrent régies par une série de textes confus pris par l’ancienne puissance occupante, avec le seul souci d’étendre et d’organiser la colonisation. Tel fut d’abord le cas avec les «bureaux arabes» institués dès 1844, système dans lequel la circonscription locale était administrée directement par les officiers de l’armée d’occupation, dont la tâche était d’assurer la surveillance politique des populations, la rentrée des impôts et de faire produire aux populations les denrées nécessaires à l’alimentation de l’armée. Mais peu à peu l’administration militaire perd du terrain au profit de l’administration civile.

A partir de 1870, la zone civile connut une extension croissante sous la pression des colons, et enfin la loi du 24 décembre 1902 fixa les limites définitives des départements algériens, mais cette loi laissait dans l’Algérie du nord une partie des territoires de commandement ou l’on comptait avant 1923, des communes mixtes et indigènes sous l’autorité militaire[2].

Parallèlement à l’expansion de la zone civile au nord de l’Algérie, le mouvement municipal se développa et donna naissance à des communes de deux sortes : des communes de plein exercice (Ain-Témouchent - C.P.E), territoire ou la population européenne était assez nombreuse pour pouvoir gérer elle même ses affaires et des communes mixtes (Ain-Témouchent C.M) territoires ou la population européenne installée n’était pas assez compacte et dense pour former une C.P.E. Cette organisation municipale révélait bien le sens de l’assimilation administrative qui s’opérait en fonction et au profit de l’élément européen .

Ce système demeurait à peu près sans changement de 1870 à 1956. Ainsi cette institution communale coloniale présentait une physionomie toute spéciale. La présence de deux populations distinctes européenne et musulmane, inspirait donc deux types d’administration communale et deux types de structures infra communales, plus réduites : Les centres de colonisation, administrés par un adjoint spécial européen et les douars qui ont à leurs têtes un adjoint indigène appelé Caïd. Ce qui explique la présence de deux communes à Aïn-témouchent !

Ainsi elles portent le même nom ! Et c’est là, la première anomalie. On peut se poser une question principale dans cette analyse, La population Algérienne (Les indigènes d’après les documents de l’époque coloniale) avait elle la possibilité de s'intéresser à ses affaires locales ?

Et finalement ce n’est peut être pas par hasard que le Général De Gaule a choisit de commencer son dernier voyage en ALGERIE en décembre 1960 par «Ain-Témouchent »?

 

I - La commune de plein exercice de Aïn-Témouchent.
 
La ville d’Aïn Témouchent est le chef-lieu d’une province historique. Ce nom vient d’un dialecte berbère qui signifie source des chacals, mais le vocable a été longtemps discuté. Il est apparu ensuite, d’une manière quasi certaine, que la source des chacals était la désignation que les Berbères du XIVe siècle voulaient donner à leur agglomération bien que la signification exacte soit, étymologiquement, la source de la femelle du chacal.

Des découvertes archéologiques confirment l’importance d’un site et l’étendue d’une ville romaine sous le nom d’Albulae. « Ce nom apparaît, sans autre indication, dans un premier document, l’itinéraire d’Antonin, œuvre du IV, siècle, qui semble être une espèce de guide général des routes de l’Empire romain. Tous les documents soulignent l’importance de la ville romaine d’Albulae. On a trouvé, profondément sous terre, une jarre, des pièces de monnaie, des pierres romaines, des ruines, et au stade municipal, à proximité, avec d’autres objets, une belle statuette de bronze de l’époque antique… C’est la preuve d’un vaste emplacement occupé par une population relativement importante. De constantes observations et les différentes mises au jour, en de nombreux points de la ville, viennent appuyer cette hypothèse »[3].

 Aïn-Témouchent a vécu tous les grands courants de l’Histoire du Maghreb. Elle est le reflet du récit de tous les évènements qui s’y sont déroulés et c’est dire combien est ancienne la vie de ce coin  de terre d’Algérie.

C’est là que Ibn Sénane imposa sa loi. C’est là que mourut le célèbre Baba Aroudj, dit Barberousse, et c’est là qu’un siècle auparavant vivait Sidi Saïd, un célèbre marabout, véritable saint patron de la cité, qui offrit la paix de l’âme aux Béni Ameurs tourmentés. L’Emir Abdelkader séjourna longtemps dans cette région, puis Bugeaud, avec son armée de 85.000 hommes en 1842, brûla en grande partie les villes de Tlemcen, Mascara, Sebdou …et bien sur Ain-Témouchent.

Mais, à Aïn Témouchent, comme en Algérie, les hommes sont toujours les mêmes, les noms seuls ne font que changer. Le sort d’Ain Témouchent est, de toute évidence lié à celui de l’Algérie.

Avec l’arrivée des troupes de l’occupation française de la Division d’Oran en 1835[4],et donc arrivant du Nord, les soldats français s’avançaient rapidement sur le plateau de Bled Kerkour et parviennent d’abord au fameux Chabet El Leham. Les éléments français étaient sur les terres des Béni Ameurs. Quelques vieux arabes ‘Ouled Ali’, fraction des Béni Ameurs, expliquaient aux officiers que : «sur leur terre eu lieu, il y a trois siècles, un terrible combat entre Espagnols et Turks de Tlemcen. Les premiers furent défaits et exterminés »[5] .

L’autorité militaire d’Oran décida en 1839, l’implantation d’un poste militaire à Aïn-Témouchent. Le corps d’expédition formait l’effectif de deux compagnies d’infanterie de ligne, d’éléments du Génie et de divers services. L’antenne médicale était très réduite. Il y eut d’abord l’installation des tentes et des premières murettes avant la construction des remparts. Les chefs militaires savaient qu’une grande ville romaine existait là dès le troisième siècle de notre ère, sur l’emplacement d’Ain-Témouchent et que cette ville s’appelait « Albulae ». Mais cette cité avait été détruite dès le septième siècle par un tremblement de terre et de violents incendies [6]. Ce qui explique pourquoi on ne put découvrir une nouvelle Cherchell ni une nouvelle Djémila.

La population locale, relativement importante, qui était groupée le long de l’Oued Sénane,avait quelques jardins, une modeste mosquée, quelques koubas, un cimetière musulman, de vieilles maisons arabes aux côtés d’assez belles constructions jouxtaient l’agglomération sur les rives de l’Oued Sénane. Il y avait aussi des bâtisses éparses sur le plateau qui offraient un bel aspect de style oriental. Le capitaine Safrané qui succéda au captitaine Paurandry eut la charge de créer le centre de Ain-Témouchent, suite au décret signé par Luis Napoléon le 26 décembre 1851, sur une superficie de 1159,60 ha. Le capitaine Safrané ne retournera plus en France, il mourut et fut enterré  à Saf Saf (prés de Ain-Larbâa). 

En ce qui concerne la population locale, on pouvait constater la présence des Ouled Zéirs et des Ouled Khalfa, fraction des Béni Ameurs eux-mêmes issus des Banou Hilals. On constatait quelques descendants des berbères Maghraoua et Médiouna, issus des Zenata et des Sanhadja. Une communauté israélite relativement forte, de type oriental, vivait aux côtés des Béni Ameurs. Cette communauté venait dès 1668 de la ville d’Oran conséquemment à l’expulsion ordonnée par la Reine Régente d’Espagne. Elle provenait aussi de l’arrivée en 1492 d’israélites de retour d’Espagne à la suite du Rabb Ephraïm Enkaoua dont le tombeau, à Tlemcen, attirait les foules.
Nous ne parlerons pas des combats livrés par l’Emir Abd El Kader autour de la ville et des qualités combatives des Béni Ameurs, puisque prés de 2400 cavaliers [7] de vingt à trente ans luttaient à ses côtés avant 1845.

L’Algérie devint progressivement après 1871, une «république française» ou seuls comptaient les intérêts des colons [8] . De1830 à 1956, la présence française s’est affirmée en Algérie en y important un million d’européens, français ou naturalisés, juxtaposé à une population locale, arrivés en masse, attirés par l’appât des concessions gratuites de terrain surtout en Oranie, et plus particulièrement à Ain-Témouchent, en 1869, la petit ville accède au rang de commune (et chose bizarre devenus aussi le chef lieu d’une commune mixte à partir de 1874), avec une superficie de 37.41km² et très vite avec une démographie paradoxale, la ville de Ain-Témouchent au début du 20ème siecle, devenait un «modèle» de la colonisation française en Algérie, surtout avec l’événement de la crise de la Phillixora en France de 1880 à 1890, qui profita énormément aux colons qui on introduit la culture de la vigne dans la région, déjà 6000 ha en 1890 [9], on peut citer parmi les grands propriétaires et les familles qui sont restés jusqu’en 1962, les familles ; Arnoux, Dandoy, Barioulet, Cahuzac,  Starak, Degournay, Galido, Hernandez, Fabre, Bounafous, Orsiro, Baret, Scoriza, Carrera, Perez… et autres.[10] 

Les pieds-noirs, disait le général De Gaule en 1962 : «continuent à clamer Algérie française ! Comme si cette formule magique allait les sauver ! Mais l'Algérie française, ce n'est pas la solution, c'est le problème ! Ce n'est pas le remède, c'est le mal ! Comment a-t-on pu laisser croître sans contrôle cette immigration européenne au milieu d'une population radicalement différente, dans un pays hostile ? ».[11]

Et dire que le dernier  voyage du générale De Gaule en ALGERIE a justement commencé par «Ain-Témouchent » en 1960 ! Est-ce un hasard !? Je ne le pense pas.

 

 

 

Très vite devenu une commune de plein exercice, cette structure autorise et organise la domination sans limites des européens sur la population musulmane locale, en 1875 le pouvoir colonial décide de rattacher les douars voisins  déjà constitués et même les tributs dont les territoires ne sont pas encore délimités, pour percevoir bien évidemment les impôts arabes dans la caisse de la commune. «la commune de plein exercice , devait écrire Jules Ferry lorsqu’il eut enquêté sur place, c’est l’exploitation de l’indigène à ciel ouvert.[12]» Ou «les communes françaises vivaient en mangeant de l’indigène.», comme disait Charles Jonnart .

Bref, la commune, était le principal soutient, la pierre angulaire de la colonisation de l’Algérie et sa population autochtone. Il fallut attendre la fameuse loi municipale du 5 avril 1884, pour voir en Algérie des communes semblables à celles de la France, mais il serait inexact cependant de les caractériser en disant simplement qu’elles étaient assimilées aux communes françaises, puisque la loi elle même faisait certaines réserves, donc des anomalies, dont les plus importantes sont :

1°- La composition du conseil municipal, qui était le quart pour les représentants des algériens, puis le tiers après 1919, et enfin, leurs nombre fut porté aux deux cinquièmes de l’effectifs totale du conseil, par l’ordonnance du 7 mars 1944 ; d’autres part, la loi 4 février 1919 donna la possibilité aux conseillers «Algériens» de prendre part à l’élection du maire. Finalement, il faut ajouter que, les européens et les algériens votaient dans deux collèges électoraux distincts et que la représentation «indigènes» était toujours minoritaire, c’est à dire inégalitaire. On se rappelle ce que disait Ferhat Abbas : "Quand un Algérien se disait arabe, les juristes français lui répondaient : non, tu es français. Quand il réclamait les droits des Français, les mêmes juristes lui répondaient : non, tu es arabe !"

2°- L’érection d’une nouvelle commune, ne peut être en France que par une loi (pouvoir législatif), en Algérie coloniale, les érections étaient décidées par décret (pouvoir exécutif).

3°- Les conditions de l’électorat pour les algériens étaient rendus très difficiles par l’article 10 du décret 6 février 1919 (ils devaient être âgés de 25 ans, avoir deux ans de résidence, se trouver en outre dans les conditions suivantes : avoir servi dans l’armée, être propriétaire foncier, être employé de l’état, membre d’une chambre d’agriculture ou de commerce, être diplômé ou décoré, être titulaire d’une décoration, u avoir obtenu une distinction…! Ce qui relève du presque impossible pour un simple paysan algérien.

4°- Le budget communale comprenait certaines recettes et dépenses que ne comportait pas les budgets des communes en France [13] ,comme c’était le cas de la taxe des centimes additionnels. Le budget de la C.P.E était chargée aussi d’entretenir les locaux, le mobilier et le matériel des écoles destinées aux algériens, ce qui donnait aux maires un pouvoir sur l’enseignement.

5°-Les maires «européens», avaient dans leurs autorité les Caïds qui chargés de l’administration de la population algérienne, leurs actions donc concernaient : la police politique, l’instruction publique, la surveillance et les achats d’armes et le culte.

6- Enfin, la C.P.E pouvait comprendre dans son territoire, des douars–communes, ce qui a donné l’occasion justement, aux maires d’abuser en annexant  plusieurs douars limitrophes, afin de gonfler leur budget communale, c’était le cas d’ailleurs du douar de Sidi Benadda détaché à la Cpe de Trois Marabouts  le 16/08/1948.

 

 
II -La commune mixte de Ain-Témouchent.
 
La région témouchentoise, successivement appelée Safar par les Berbères primitifs, Salsum Flumen par les Romains, le Zeidour par les géographes arabes du Moyen-âge, le Rio Salado par les Espagnols et le Témouchentois par les Français du XXe siècle, forme une province bien individualisée, entre la région d’Oran de Tlemcen et celle de Sidi-Bel-Abbès.

Elle s'étend au Nord d'une chaîne de djebels dont les sommets atteignent une hauteur moyenne de cinq cent mètres, comprenant principalement, du Sud-est au Sud-ouest, le Tessalah et les massifs du Msikkés, d'Arlal, de Ferdéba et de la Skouna. Outre cette chaîne existent, vers le Nord-ouest, les djebels de Sidi Kacem et de Mendjel. C'est entre ce dernier massif et celui de Tessalah que s'étend le" Bled Kerkour" d'Aïn Témouchent.

En réalité, cette surface est accidentée, une série de fracture avec épanchements volcaniques, causant ainsi d’inévitables accidents de relief. Cet aspect de la région laisse déjà apparaître la richesse du terroir. Dans la région témouchentoise, la température est idéale. La moyenne est de 17°degrés. Le climat de la région est très sain. La proximité de la mer apporte son influence et sa régularité de température sans ajouter une lourde humidité.

Quelques années après l’installation des premiers colons, l’administration française créa les centres de colonisations  dans toute la région, d’abord la ville de Témouchent 1851, Lafferrier (Chabat) 1874, H.Bouhadjar 1874, RioSalado (Malah) 1879, Trois marabout (Sidi-Benadda), Khial (Ain-Kihel), Er-Rahel (El-amria) 1880, Guiard (Ain-Tolba 1890, Turgot (Targua) 1895, El-Rahel (Hassi-El- Ghalla), DeMalerbe (Aghlal), Ain-Larba … Les colons obtiennent très vite l’érection de ses centres en  "C.P.E".[14]

La plus grande partie du territoire algérien était constitué par des communes mixtes (78 C.M dans toute l’Algérie du nord), celles-ci représentaient des circonscriptions administratives qui n'avaient de communes que le nom. Leur institution remontait à 1868, après l'extension de la zone civile, on maintint la même organisation en remplaçant l'administration militaire par des autorités civiles. La C.Mixte avait un caractère artificiel, on l’a définie une agrégation de territoires (centres de colonisation, douars et tributs), formant, en vertu d’un arrêté du gouverneur général, «une circonscription politique et administrative qui a le caractère de personne civile.  Cette phrase est particulièrement heureuse ; elle donne en un raccourci saisissant, une idée de cet organisme complexe dont l’appellation pourrait induire le profane en erreur» [15].

Ce sont les anomalies que présente la commune mixte, qui à leurs tours vont  nous montrer que celles-ci, étaient des communes fictives.

1°- Alors qu'il fallait un décret pour créer une C.P.E, les C.M pouvaient être crées, modifiées, ou supprimées par un simple arrêtés du gouverneur [16] .
2°- A leur tête se trouvait un administrateur (Mestatour), le symbole de l'ordre colonial, et la répression administrative, son rôle était surtout politique, mais il était à la fois l'agent du gouvernement et le représentant des intérêts de la commune[17] .C'était un juge, En effet, Pendant la conquête, le commandement militaire est investi dès 1834 de pouvoirs discrétionnaires ; en 1844, une circulaire de Bugeaud édicte un règlement codifiant les infractions passibles de prison ou d'internement et tarifiant les amendes[18], après L’extension du territoire civil de 1870 à 1880, le régime de l’indigénat a était codifier et la répression de ces infractions, confier aux administrateurs des communes mixtes, par la loi du 28 juin 1881. Il prévoyait des pénalités pour des infractions dont le nombre passe de 41 en 1881 à 21 en 1888 et 8 en 1914, comme la réunion sans autorisation pour zerda, ziara ou waâda (pèlerinage, repas public), réunion sans autorisation de plus de 25 personnes de sexe masculin.
Le « Mestatour » était un maire, un entrepreneur, un banquier, enfin tout ! "sidi-el-hakem" comme aimaient l'appeler ses fidèles assistants (les caïds chefs de douars, le khoudja traducteur , le commis, le garde champêtre et le chaouch…).
Le gouverneur général, était aussi juge répressif : En vertu de l'ordonnance du 22 juillet 1834, du décret du 10 décembre 1860, du décret du 26 août 1881, il exerçait en Algérie les pouvoirs de haute police. Ce pouvoir de prononcer des peines exceptionnelles, supprimé par l'ordonnance du 7 mars 1944, lui est rendu par la loi du 3 avril 1955 et le décret du 17 mars 1956 pris dans le cadre de la loi sur les pouvoirs spéciaux : internement devenu mise en surveillance spéciale,  amende, séquestre. Ce qui explique l’internement de plusieurs nationalistes Algériens, notamment Méssali Hadj à la commune de kasr chalala, et Bachir El-Ibrahimi à la commune Mixte d’Aflou.
A-L’internement : Des arrêtés ministériels de septembre 1834, avril 1841, août 1845 donnaient pouvoir au gouverneur de prendre une mesure d’internement exécuté sous la forme de la transportation, de la détention (envoi au pénitencier de Lambèse ou  Boukanifis non loin de Sidi-Bel-Abbès) ou de la mise sous surveillance dans un douar, une tribu ou une localité. Ce pouvoir qui lui est retiré en 1858 et 1860, lui est rendu en 1881 (et limité en 1914). Elle est prononcée pour une durée indéterminée pour des faits variés et peu définis. Environ 100 sont prononcées annuellement entre 1893 et 1900 (sans compter les internements illégaux prononcés par les préfets)[19]
La loi du 15 juillet 1914, devant l’augmentation de leur nombre, tendait à les encadrer plus précisément (durée limitée, procédure précise, pour uniquement trois types d’infractions).
 B-L’amende : Elle existait de 1844 à 1944. Elle était conçue comme une peine individuelle que pouvait infliger les caids, les administrateurs civils ou militaires, pour réprimer des infractions non prévues par la loi française (transports, convois, désordre, révolte…) mais également elle existait comme peine collective que les administrateurs pouvaient infliger à des douars ou tribus pour des crimes et délits commis en commun ou quand elles n’ont pas fait connaître les coupables aux autorités (va évidemment contre le principe de la personnalité des lois). Elle était appliquée fréquemment notamment pour châtier des soulèvements où d’énormes amendes de guerre  ont été exigées.[20]
C-Le séquestre : Il était largement utilisé dès les premières années de la conquête et était utilisé pour deux infractions : les actes d’hostilité contre les français, les tribus soumises ou l’abandon des terres occupées pour passer à l’ennemi. Cette peine était également appliquée au domaine forestier à partir de 1874. Elle était appliquée en 1871 sous forme d’un séquestre collectif pour châtier le soulèvement d’El Mokrani (il frappait 2 640 000 hectares soit l’équivalent de 5 départements français). Ensuite peu appliquée, elle fut abrogée par l’ordonnance du 7 mars 1944.

3°- Sa superficie immense est comparable à celle d’un département français  72465 km² en 1930, sur son territoire on y voyait des centres de colonisation, des hameaux, des fermes, des douars, et aussi, chose bizarre, des communes plein exercices semblables à des îlots, notamment Demalerbe, Aoubelil, Laferrière et Trois marabout [21] tous disséminées sans aucune cohésion (voir la carte). Certaines C.M, en effet, ne comprenaient qu’un seul centre de colonisation et même aucun.

4°- La population qui habitait les douars de la commune mixte (quatre douars à la CM de Ain-Témouchent ; Oued-Sabah, Berkech, Aoubelil et Souf Tell [22] ), était parfois fort importante dans d’autres C/Mixtes ; elle dépassait celle d’un canton français en 1930, ils étaient 16792 Algériens et 563 habitants européens, dont 41 espagnoles, tous répartis dans les centres de colonisation de Aoubelil (157h), G-Doumergue (158h), Perret (130h) et Kéroulis (118h).[23] En moyenne, il y avait donc, un européen pour cinquante algériens, mais cette proportion est loin d’être la même pour toute les C.Mixtes. Certaines, en effet, n’avaient qu’une population européenne insignifiante. En outre, les habitants d’une C.M étaient séparés par des distances considérables.
 
 

 

5°- Les limites de la Commune Mixte étaient d’ailleurs déterminées assez arbitrairement, elles n’avaient aucune fixité ; les douars pouvaient être facilement transférés d’une commune à une autre, on peut facilement le constater dans le fameux document exposé de la situation générale de l’Algérie.

6°- la C/.Mixte avait un faut « conseil municipal » ; puisque par sa composition et ses compétences, la commission municipale était moins un conseil municipal qu’un instrument d’assujettissement de la population Algérienne, malgré la réforme de 1919qui y introduisait les présidents élus des «djemaâs des douars».

7°- Enfin on peut ajouter,en raison de son étendue considérable,de ses populations hétérogènes, la C/Mixte porte souvent le même nom qu’une C.P.E  enclavées dans son territoire, c’était le cas de Ain Témouchent, Mascara, Saida, Telagh,… et chose bizarre, son chef lieu est dans la C.P.E ! Et parfois elle a deux chefs lieux : l’un d’été, l’autre d’hiver, C’était le cas notamment de la C/.Mixte de L’Aurès, Arris en été, Tkout en hiver .[24]
               

En conclusion, quels jugements peut on porter sur la communale coloniale ?

Au terme de cette analyse, on peut dire qu’elle était profondément coloniale, c’est à dire inégalitaire. Elle n’avait de « commune » que le nom. La période antérieure à l'indépendance se caractérise donc, par le fait que l'institution municipale n'a jamais été utilisée que comme un instrument au service exclusif des colons, qu'elle fût civile ou militaire, et en vue de répondre aux intérêts de la minorité européenne. L’administration française se désintéressait absolument du sort des peuplades éloignées des localités européennes. D’immenses «communes» étaient ainsi abandonnées au Caïd qui compensait ses faibles ressources, et sa soif de pouvoir, par une exploitation regrettable de ses administrés. Si donc, la pratique de l'institution fut d'une certaine manière, active et s'avère efficace du point de vue de la minorité européenne qu'elle contribua largement à soutenir, elle fut, en revanche, lourde de conséquences pour la population Algérienne qui n'avaient aucune possibilité de s'intéresser aux affaires locales. Le résultat de cette pratique est que «l'institution communale» n'a jamais pu être considérée par le peuple algérien comme étant son affaire propre, au service de ses propres intérêts. Ces conséquences apparaissent nettement dans l'analyse des difficultés que rencontrent nos communes depuis l’indépendance.


La carte de la commune
 mixte d’Ain-Témouchent
 
 
 

La carte du DOUAR
 OUED BERKECHE


BIBLIOGRAPHIE

Par : KARIM  OULDENNEBIA. oustadkarim@yahoo.fr

 

Ouldennebia (Karim) : La colonisation et l’organisation Administrative locale en
                 Algérie, Le cas de la commune mixte de Ain Témouchent, thèse de magistère en
                                        Histoire (en Arabe), université d’Oran, 2001, (298 p).
Ouldennebia (Karim) : «  AIN-TEMOUCHENT, une commune coloniale »,
                         In revue El-Hiwar El-Fikrie, publication du laboratoire des études
                            Historiques et philosophiques, Constantine, n°07/avril2005, pp.25
Ouldennebia (Karim) : «  Les Elections locales dans la commune mixte-le cas des
                            Élections de novembre 1947 à la C/M de AIN-TEMOUCHENT »,
                         In revue Massadir, publication du centre nationale des études sur
                            Le mouvement nationale et la révolution algérienne,Alger,
                               n°09-Mars 2004, pp.167-189.
Ouldennebia (Karim) : «  Le Douar Berkèche, et L’ADM coloniale locale »,
                         In revue des science humaines, publication de la faculté des lettres
                            Et sciences humaines,université Djilali Liabes ,Sidi-Bel-Abbes,
                               n°04/avril2005, pp.112-125. 
 
Agéron (ch-robert) : les Algériens musulmans et la France,paris,puf,1968,  
                                              p 129-201,277-293,494-506,611-644.
Agéron (Charles-Robert), Histoire de l'Algérie contemporaine, tome 2 :
                                             1871-1954, Ed. P.U.F., 1979, p 19.
Julien (ch-andré) : Histoire de l’Algérie contemporaine, paris, puf, 1964,
                                              p210-213,330-339,352-434.
Carrillo (Antoine) :Ain Témouchent à travers l’histoire,éd plara,Oran,1954, p 18-36.
Carrillo (Antoine) : « Arrivée à Ain Témouchent …en 1835»,
                                     in revue L’Algérianiste, n°53, mars, 1991, pp 36-38.
Champ (maxime) :les communes en Algérie,éd soubiron,Alger,s.d, p 78-89.
Collot (Claude) : Les institutions de l’Algérie durant la période coloniale (1830-1962),
                               Ed, CNRS-PARIS, OPU-ALGER.1987, pp 190-195.
C.h-churchill, la vie d’Abdelkader, Alger, énal, 1991, p 72.
TINTHOIN (robert) : L’oranie,sa géographie ,son histoire,ses centres vitaux,
                                               Ed,L.fouque,Oran,1952, p 49.
Annuaire Oranais : Administratif ,Commercial ,Industriel , Minier,Agricole,Viticole,
                              Vinicole,1894(560 p),1895,(560 p),1897(560 p),1926(1000 p).
Exposé de la Situation Générale de l’Algérie, présenté G.G .A,Alger,années (1907-1938).
La Situation au 13-12-1878 du département d’Oran au point de vue de la  colonisation des nouveaux villages et la constitution de la propriété chez les indigènes,
                 Oran Heinz,1879,87p.
Le Livre d’Or de l’Oranie, préface j.Grasser, édition 1925.
Le RAPPORT peyermhoff, : (dir de l'agriculture du commerce et la  colonisation ,à Mr :
                    Jonnart ,Gouverneur .Général de l'Algérie) enquête  sur  les résultats de la
                   colonisation officielle en Algérie de 1871-1895,tome1et 2,Alger,1906.
 
Service des Archives de la Wilaya d’Oran.
                Arch de commune mixte de Ain-Témouchent,
        Dossiers n°1381, n°1616, n°8544 k7, n°1381 f1,1576 s 5 et n°1573s3.
                Affaires musulmanes, ex / sous-serie I ,
        Dossier n°4479 I-15, affaires communes mixtes.
        Dossier n° 4476-4480-4473 et  2260 I 1.
Centre des   Archives d’Outre Mer – Aix-en provence.
                Département d’Oran E/167.             
                Série H affaires indigènes /sous série 1H/22-29H
                Série H affaires indigènes /sous série 1H/22-29H
                Micro-film 117 miom
                Micro-film JJ et 10 KK 15 , 5K Bis 1.
 
 
 
 
 
KARIM  OULDENNEBIA.
             oustadkarim@yahoo.fr
 
Tous les droits réservés à l’auteur
 
 
 
 
 
 
 
Remerciements.
Merci à tout le monde. Vos messages m’on fait une joie ineffable et énormément plaisir.
J’ai reçu énormément de messages. Par intérêt scientifique, mais aussi personnel, car beaucoup sont natifs d’Ain-Temouchent, comme nombre de leurs ascendants, sur plusieurs générations, à l'époque coloniale.
Je vous signale que moi même, j’ai été dans un temps enseignant au lycée Bachir-Ibrahimi  dans les années 1984-1986, un Prof d’Histoire et Géo, c’est dire que je connais très bien la région de Ain Témouchent.
C’est avec un plaisir indicible que j’envoie ici mes travaux et documents sur Ain-Temouchent,afin que les internautes intéressés profitent et… m’écrivent  directement en cas de nécessité.
             oustadkarim@yahoo.fr
 
Salut,

Cordialement votre.

Tous les droits réservés à l’auteur